[05/01/2010]
Des arbustes pour la santé
Source : CNRSLes arbres moléculaires ne cessent de donner de beaux fruits. Aussi appelées dendrimères (du grec dendron, arbre, et meros, partie), ces macromolécules à la forme arborescente sont l'une des voies d'avenir de la chimie. Car grâce à leurs multiples terminaisons, qui peuvent se compter par centaines, elles offrent un grand nombre de sites chimiquement actifs. Les dendrimères font l'objet de recherches variées dans les domaines des puces à ADN, de la catalyse, de substances médicamenteuses. Une liste à laquelle il faudra dorénavant ajouter le renforcement du système immunitaire et le traitement de l'inflammation, comme vient de le démontrer une coopération entre des chimistes du CNRS et des immunologistes de l'Inserm, à Toulouse1.
La première découverte a eu lieu lors d'une étude systématique de l'action des dendrimères sur les cellules du sang in vitro. Dans les éprouvettes des chercheurs, des dendrimères possédant des atomes de phosphore à leurs terminaisons ont provoqué la multiplication de certains globules blancs appelés Natural Killers ou NK. Défenseurs les plus polyvalents de l'organisme, ceux-ci s'attaquent à toute cellule infectée ou cancéreuse : « On a été surpris de constater que des dendrimères influençaient la population de globules blancs, raconte Anne-Marie Caminade, du Laboratoire de chimie de coordination du CNRS, même si on savait déjà que des molécules phosphorées pouvaient amplifier un autre soldat de l'organisme, une sous-population particulière de lymphocytes T. »
Cette découverte pourrait un jour servir à lutter contre certains cancers de la moelle osseuse, tel le myélome multiple, en complément de la chimiothérapie. L'idée est de renforcer, grâce à des injections régulières de NK, le système immunitaire affaibli par la chimiothérapie ; globules blancs qui seraient obtenus à partir du sang du patient puis multipliés à l'aide des fameux dendrimères. Si la piste thérapeutique est séduisante, il faudra franchir certains obstacles – par exemple le fait que les NK de certains patients ne répondent pas aux dendrimères – avant de pouvoir l'appliquer.
C'est donc l'autre effet identifié par les chercheurs qui devrait trouver en premier le chemin des hôpitaux : l'équipe a observé que des dendrimères phosphatés ont également des propriétés anti-inflammatoires. Ils pourraient donc soulager les patients atteints de maladies inflammatoires telles que la polyarthrite rhumatoïde, qui s'attaque aux articulations et provoque douleurs et déformations.
Xavier Müller
Notes :
1. Cédric-Olivier Turrin et Anne-Marie Caminade au Laboratoire de chimie de coordination, et Rémy Poupot au Centre de physiopathologie de Toulouse-Purpan. Jean-Pierre Majoral a codirigé les recherches sur les dendrimères au LCC.
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